Intervention de notre élue Bénédicte Monville sur le chlordécone au Conseil Fédéral EELV – 3 février 2023

Le 2 janvier 2023, la justice française rendait un non-lieu dans
l’affaire de l’empoisonnement massif des Antilles au Chlordécone.
Non-lieu au prétexte qu’il est difficile « de rapporter la preuve pénale
des faits dénoncés commis 10, 15 ou 30 ans avant le dépôt de
plaintes ».
Pourtant 90% de la population antillaise a du Chlordécone dans le
sang et 20% présente un taux qui dépasse la valeur toxique de
référence.
Mais les juges ont jugé qu’il était difficile de rapporter la preuve du
crime.
Un crime commis avec la complicité de l’Etat qui a protégé les
intérêts des planteurs, anciens colons et toujours propriétaires terriens.
C’est ça le racisme systématique.
Un racisme qui structure les rapports sociaux de domination dans
notre société.
Un racisme qui fait que les populations Afrodscendantes des Antilles
sont les principales victimes de ce pesticide cancérogène.
Doublement, triplement victimes !
Victimes de la prédation capitaliste de celles et ceux qui ont bâti leur
fortune sur la traite et l’esclavage transatlantique. C’est-à-dire un
régime d’exploitation ultra violent des humain•es deporté•es
d’Afrique et des écosystèmes américains.
Victimes de la culture intensive de la banane qui les a lentement
empoisonnés et qui, après celle de la canne à sucre, a fini de détruire
l’agriculture vivrière dans nos îles et leur richesse biologique
inestimable.
Victimes d’un État, bien trop souvent pour ce qui nous concerne, au
service du capital, qui après avoir indemnisé les esclavagistes après
l’abolition a autorisé par dérogation les capitalistes de l’agrobusiness,
sans foi ni loi sinon celle du profit, à continuer d’utiliser un poison
notoire interdit en métropole et depuis 16 ans aux Etats-Unis.
Il est temps de réclamer justice et réparation pour les populations de la
Martinique et de la Guadeloupe. Française à part entière et non pas
entièrement à part, selon le mot bien connu d’Aimé Césaire.

Il est temps de dénoncer le racisme systémique de notre société qui
continue de nier l’égalité en droits des populations afrodescendantes.
Une égalité en droit au fondement de notre République pour laquelle
comme tant d’hommes et de femmes debout, pour citer à nouveau
Césaire, nous avons sué sang et larmes.